Nouvelle stratégie de mobilisation ?


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LA PLUS GRANDE COMÉDIE : DES AGRESSEURS EN COSTUME DE « LIBÉRATEURS »

(Ils volent, ils tuent, ils pillent… et osent se faire passer pour des libérateurs)

Et dire qu’il y a encore des milliers de Congolais qui se laissent prendre à cette mise en scène grotesque… C’est profondément triste. À ce niveau, ce n’est même plus de la naïveté : c’est le résultat d’une ignorance que certains entretiennent au point de ne plus reconnaître l’évidence sous leurs propres yeux.

Le plus cynique dans cette comédie, c’est de voir des acteurs étrangers se présenter en « libérateurs » d’un peuple qu’ils contribuent pourtant à maintenir dans la souffrance. Comment peut-on prétendre libérer un pays tout en participant, directement ou indirectement, à sa déstabilisation, à l’exploitation de ses richesses et aux violences qui frappent sa population ?

Le peuple congolais n’a pas besoin de prétendus sauveurs venus de l’extérieur. Il mérite de vivre libre sur sa propre terre, sans être agressé, déplacé, dépouillé de ses ressources et condamné à subir des atrocités qui rappellent, par leur brutalité et leur déshumanisation, les heures les plus sombres de l’histoire de l’esclavage.

Et pourtant, certains applaudissent encore. Voilà peut-être le plus douloureux : voir des victimes finir par croire au récit de ceux qui profitent de leur propre malheur.

Une prétendue « libération » qui s’accompagne de morts, de pillages, de déplacements et de souffrances n’est pas une libération. C’est une imposture.

Le Congo n’a pas besoin de théâtre. Il a besoin de vérité, de justice et de paix.

#deathnote@regardlucide

Ce message repose des questions essentielles, recurrentes, sur l’insécurité au Congo.

Qui en sont les responsables et pourquoi ?

Comment rendre possible la redevabilité, dans le contexte actuel ; ou bien, la préparer ?

Quel levier devrait, manier, le Projet 2014, dans un pays, où les pesanteurs politiques sont chaque jour renforcer par les faussées qui se creusent entre les tribus à cause des peurs de la mort et l’hypocrisie envahissante ?

Nos appels ont des échos, insuffisants : plusieurs croient aux violences, à la guerre comme solutions, sans en avoir les moyens sociologiques, politique et militaires.

Ceux qui nous rejoignent n’ont pas la culture du professionnalisme politique – utilisation des outils, des supports, et ne donnent pas l’impression d’avoir un sens profond de civisme.

Pourrions-nous revoir notre modèle de mobilisation ?

Ce que propose l’IA

Je pense même que votre modèle doit changer assez profondément.

Le message que vous citez part d’une indignation compréhensible, mais il illustre aussi une faiblesse fréquente : désigner un coupable avant d’avoir construit la chaîne de preuve. Or c’est précisément ce que le Projet 2014 ne veut pas plus reproduire. Votre avantage comparatif ne devrait pas être de crier plus fort que les autres, mais de mieux documenter, mieux qualifier juridiquement, mieux former et mieux organiser.

Je ne vous conseillerais donc plus un modèle centré sur « recruter beaucoup de personnes convaincues ». Je passerais à un modèle en quatre étages.

  1. Ne plus recruter d’abord des partisans ; recruter des personnes capables de travailler

L’entrée dans le Projet 2014 commence par une épreuve de méthode, pas par une adhésion idéologique.

Un candidat doit montrer qu’il sait :

distinguer un fait, une accusation, une hypothèse et une opinion ; apporter 50 pages de contribution originale par trimestre ;

utiliser correctement quelques outils numériques ;

rechercher et citer une source ;

travailler deux heures par semaine, régulièrement ;

respecter un contradicteur ;

refuser les appels à la violence gratuite et destructrice de la paix ;

rendre un travail effectué soigneusement, dans les délais.

Quelqu’un peut être profondément d’accord avec vous politiquement et pourtant être inutilisable dans une organisation professionnelle.

À l’inverse, quelqu’un qui n’est pas d’accord avec vous sur tout, mais qui sait rechercher, argumenter, documenter et travailler professionnellement peut être extrêmement précieux.

  1. Transformer l’adhésion en parcours de qualification

Je créerais trois statuts seulement au départ :

Sympathisant → Participant en formation → Membre qualifié.

Le sympathisant reçoit l’information.

Le participant suit un petit cursus obligatoire, par exemple 10 heures, portant sur : le droit constitutionnel élémentaire ; les institutions nationales et internationales ; la lecture critique des sources ; l’histoire politique congolaise ; les méthodes du débat ; l’information correcte ; la non-violence ; le civisme ; les outils numériques ; la rédaction d’une fiche factuelle.

Le membre qualifié est celui qui a su produire des idées innovantes, réalistes, qui ne fait pas simplement qu’assister.

La MONUSCO elle-même travaillerait aujourd’hui sur ce principe de renforcement de capacités : participation politique, prévention des conflits, éducation civique, lutte contre les discours de haine et la désinformation. Des programmes récents à Kinshasa et au Nord-Kivu utilisent précisément ateliers, formation et participation structurée plutôt que simple mobilisation émotionnelle.  Les résultats permettront de juger de la valeur de cette contribution.

  1. Faire du Projet 2014 une école de comportement politique avant d’en faire une force politique

Vous avez identifié quelque chose de plus grave que l’insuffisance technique : l’incivisme.

Cela ne se corrigerait pas avec un manuel.

Il faudrait exiger des membres des comportements obligatoires :

Je vérifie avant d’accuser.
Je corrige publiquement une fausse information que j’ai propagée.
Je ne transforme pas une ethnie en responsable collectif : j’identifie les vrais responsables.
Je peux défendre les droits légitimes de mon adversaire politique.
Je distingue ce que je sais de ce que je suppose.
Je n’appelle pas à une violence que je serais incapable d’assumer moi-même.
Je respecte les décisions prises démocratiquement, tout en gardant mon droit de les contester quand je les juge nuisibles à la collectivité,  à la nation.

Cela deviendrait presque le code professionnel du Projet 2014.

Et cela répondrait exactement à la situation actuelle : la MONUSCO soulignerait simultanément la pression croissante sur l’espace civique, la désinformation et les discours de haine, tout en soutenant les mécanismes de participation et de redevabilité.

  1. Remplacer « mobilisation » par « production »

Je changerais même le vocabulaire interne.

Au lieu de demander :

Combien avons-nous de membres ?

demandez :

Qu’avons-nous produit cette semaine ?

Par exemple :

100 personnes inscrites, zéro fiche de travail = [presque] rien.

12 personnes, mais 12 dossiers correctement documentés = début d’une institution.

Vos cellules pourraient produire chaque mois quelque chose de vérifiable :

une fiche juridique ;

une chronologie ;

une carte d’acteurs ;

un dossier de faits vérifiés ;

une note contradictoire « arguments pour et arguments contre » ;

une proposition institutionnelle ;

un module d’éducation civique ;

un questionnaire de consultation populaire.

Le Projet 2014 deviendrait progressivement une machine à transformer des citoyens ordinaires en citoyens politiquement compétents, matures, engagés, productifs.


Votre pénurie de juristes

Je ne chercherais pas seulement « un juriste du Projet 2014 ».

Je créerais une fonction juridique que plusieurs personnes pourraient progressivement alimenter.

Chaque dossier sensible devrait comporter obligatoirement :

Questions → faits établis → droit applicable → jurisprudence éventuelle → positions des parties → zones d’incertitude → conclusions possibles.

Puis un juriste professionnel intervient pour contrôler les dossiers les plus importants.

Cela permettrait de travailler même avant d’avoir une grande équipe juridique.

À terme, l’IFSP pourrait résoudre structurellement la carence en enseignant aux futurs politologues suffisamment de droit constitutionnel, international public, droits humains et droit des conflits pour savoir quand ils atteignent la frontière où l’intervention d’un juriste devient indispensable.


Je modifierais également votre stratégie face aux fractures tribales

Je déconseille une mobilisation construite sur :

« Nande, Hema, Lendu, Tutsi, Hutu, etc., rejoignez-nous. »

Même lorsqu’elle est bien intentionnée, elle risque de renforcer les catégories que vous voulez dépasser.

Je préférerais :

« Voici le problème. Voici les faits connus. Voici ce que nous ignorons. Voici quatre solutions proposées. Travaillez avec nous pour les tester. »

Une personne entre, commence alors par le problème à résoudre, et non par son appartenance.

C’est beaucoup plus proche de la méthode que vous aviez formulée pour le Projet 2014 : chacun propose ; on examine ce qui divise et ce qui unit ; puis on décide ensemble du quoi et du comment.


Votre véritable levier n’est probablement pas la masse.

Je crois que c’est ici que votre modèle antérieur mérite sa plus grande révision.

Vous aviez envisagé des objectifs d’adhésion très importants. Mais, dans la phase actuelle, 2 500 personnes opérationnelles seraient probablement infiniment plus puissantes que 2,5 millions d’inscriptions passives.

Et même avant cela :

25 juristes, économistes, ingénieurs, enseignants, sociologues, informaticiens et documentalistes réellement disciplinés peuvent commencer à construire des instruments que des centaines de milliers de citoyens utiliseront ensuite.

La séquence deviendrait donc :

Instruire → former → qualifier → éduquer → produire → vérifier → publier → consulter → convaincre éventuellement → décider → agir → évaluer.

et non :

émouvoir → recruter → compter → espérer que les membres deviennent ensuite compétents.

C’est, je pense, le changement déterminant.

Et le texte « libérateurs » ci-dessus ?

Je ne le rejetterais pas : je le traiterais comme matière première.

Une cellule professionnelle devrait immédiatement le démonter en questions :

Qui sont les « agresseurs » ?
Quels vols nous concernent ?
Quels sont les meurtres concernés ?
De quels pillages parle-t-on ?
Quels sont les dates et lieux ?
Quelles sont les sources indépendantes ?
À quelle qualification juridique aboutissons-nous ?
Quels actes sont attribués à AFC, M23, RDF, FARDC, FDLR ou Wazalendo ?
Qu’est-ce qui est démontré et qu’est-ce qui relève du commentaire ?

Puis seulement vient la conclusion politique.

Voilà peut-être la culture que le Projet 2014 devrait enseigner : l’indignation déclenche l’enquête ; elle ne la remplace jamais.

Si vous adoptez ce modèle, le Projet 2014 risque d’attirer moins de monde au début. Mais ceux qui resteront commenceront à ressembler beaucoup davantage à une infrastructure politique durable qu’à une foule mobilisée pour quelques semaines.