Ituri


Que dire aux Ituriens ?

Nous avons choisi de commencer par poser à ChatGPT quelques questions préliminaires, avant de tenter une contribution au développement culturel de l’Ituri.

  • Y a-t-il une différence entre Ndo-Okebo et Ukebu ?
  • Y a-t-il des tribus budues ou gbetu en Ituri ? Si oui, où précisément ?
  • Les Arabisés sont-ils une communauté bien définie dans l’Ituri ? Si oui, dans quel sens ?
  • Les hemas et les gegeres sont-ils d’une même tribu ou d’une même communauté ? Si oui, dans quel sens ?
  • Quelles différences faut-il établir entre filiations, patriarchies, clans, tribus, ethnies, communautés, alliances, races quand il s’agit de parler des peuples de l’Ituri pour ne pas confondre les concepts ?
  • Pourrais-tu, dans ce dernier cas, relever les erreurs fréquemment commises dans la situation précise de l’Ituri ?

Voici les réponses fournies par ChatGPT.

Vos questions mettent le doigt sur une difficulté majeure : les mots “clan”, “tribu”, “ethnie”, “communauté”, “origine” et autres sont souvent employés comme s’ils étaient interchangeables en Ituri, alors qu’ils ne désignent pas la même chose. Cette confusion peut même fausser l’analyse historique et politique.

Les sources elles-mêmes ne sont pas toujours cohérentes. Je vais donc distinguer ce qui paraît bien établi de ce qui mérite vérification.

1. Qui sont les Ituriens ?

Au sens le plus strict aujourd’hui, un Iturien est un habitant ou un ressortissant de la province de l’Ituri. C’est d’abord une identité [une appartenance] territoriale et provinciale, pas une ethnie.

L’Ituri actuel comprend cinq territoires — Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa — ainsi que Bunia. Il constitue une province depuis le démembrement de l’ancienne Province Orientale en 2015. (unhabitat.org)

Dire « les Ituriens » englobe donc une remarquable diversité de populations : Alur, Hema, Lendu, Ngiti, Bira, Lugbara, Kakwa, Kaliko, Ndo, Ukebu, Nyali, Mambisa, Lese, Ndaka, Bila/Babila, Mbuti, etc., auxquels s’ajoutent des populations établies depuis plus ou moins longtemps dans la province. Les travaux récents parlent d’au moins 18 groupes ethniques, tout en avertissant que les identités ont été fortement politisées. (socialscienceinaction.org)

Cela conduit déjà à une règle importante :

Iturien n’est membre d’une ethnie particulière.

Un Alur de Mahagi, un Lugbara d’Aru, un Hema d’Irumu, un Lendu de Djugu, un Bira d’Irumu ou un Lese de Mambasa peuvent tous être Ituriens.


2. Ndo-Okebo et Ukebu : attention, c’est précisément un cas où les nomenclatures trompent

Votre intuition est justifiée : il ne faut pas simplement mettre Ndo-Okebo et Ukebu dans une liste comme deux “tribus” indépendantes sans explication.

Le grand ouvrage Ituri. Terre et identités sous tension apporte ici quelque chose de particulièrement intéressant. Il indique que les populations concernées ont été connues sous plusieurs appellations : Membi, Ndo, Ukebu ou Okebo. (scribd.com)

Mais cela ne signifie pas que ces mots sont aujourd’hui parfaitement synonymes.

L’histoire administrative a produit des différenciations.

Dans Aru, une grande partie des Membi se retrouve dans le secteur Ndo, dont le chef-lieu est Alungba. Dans Mahagi, des Ukebu se sont trouvés intégrés ou acculturés dans différentes chefferies alur. Dans Djugu, une grande partie des Ukebu a été regroupée dans la chefferie Ndo-Ukebu, chef-lieu Mangala. (africamuseum.be)

Et voilà quelque chose de très révélateur : les Ukebu de Djugu ont, pour beaucoup, adopté la langue lendu, tout en étant décrits comme culturellement proches des Hema ; certains groupes ont par ailleurs été alurisés. (africamuseum.be)

Donc :

origine historique, langue actuelle, culture actuelle et entité administrative ne coïncident pas nécessairement.

C’est une clé fondamentale pour comprendre l’Ituri.

Je proposerais donc provisoirement cette représentation :

Membi / ensemble historique ancien
→ diverses branches et appellations
→ Ndo
→ Ukebu / Okebo selon les groupes, lieux et histoires
→ intégrations administratives différentes à Aru, Mahagi et Djugu.

Mais je voudrais être prudent : il serait excessif d’en conclure que tout Ndo = tout Ukebu = tout Okebo dans n’importe quel contexte contemporain.

Le terme Ndo-Okebo peut notamment être employé comme désignation ethnico-administrative, alors que Ukebu peut correspondre plus précisément à une population historique.

C’est probablement l’une des premières entrées à corriger dans une future base ethnographique de l’Ituri.


3. Y a-t-il des Budu en Ituri ?

Oui, mais avec une nuance géographique essentielle.

Le foyer principal des Budu/Babudu se trouve dans le territoire de Wamba, aujourd’hui dans le Haut-Uélé, donc hors de la province de l’Ituri.

Cependant, des Budu sont installés dans l’ouest du territoire de Mambasa, notamment dans la zone de Nia-Nia, à proximité immédiate de la limite Wamba–Mambasa. Des sources décrivent justement Nia-Nia comme une zone de rencontre entre Ndaka de Mambasa et Budu venant de Wamba. (fr.wikipedia.org)

Une autre nomenclature de Mambasa mentionne explicitement les Babudu parmi les populations présentes et précise qu’ils se sont notamment établis dans les chefferies de Bandaka et Bombo. (congo-autrement.e-monsite.com)

Donc :

Budu : oui en Ituri, surtout Mambasa occidental ; mais leur principal foyer historique est Wamba, dans le Haut-Uélé.

Cette distinction entre présence actuelle et territoire d’origine historique est importante.


4. Et les Gbetu ?

Ici je serais nettement plus prudent.

J’ai cherché spécifiquement leur présence en Ituri et je ne trouve pas de source suffisamment solide permettant de classer les Gbetu parmi les peuples historiquement implantés de l’Ituri.

Les Gbetu sont bien attestés plus au nord dans l’ancien espace de la Province Orientale. Une source de Radio Okapi évoque par exemple les réalités culturelles « zande, budu, gbetu » autour d’Isiro, donc dans l’actuel Haut-Uélé. (radiookapi.net)

Je distinguerais donc :

Budu en Ituri : attestés.
Gbetu en Ituri : présence individuelle ou migratoire possible, évidemment ; mais je n’ai pas trouvé de base suffisante pour les qualifier de communauté territoriale historique de l’Ituri.

Je ne les inscrirais donc pas pour l’instant dans une liste des « peuples originaires de l’Ituri ».


5. Les « Arabisés » sont-ils une communauté bien définie en Ituri ?

Voilà un cas particulièrement instructif.

Oui, historiquement et socialement, mais non au sens d’une ethnie homogène.

Une source historique consacrée précisément à l’Ituri explique que les Arabisés sont surtout localisés à Mambasa et qu’ils ne constituent pas un peuple distinct. Le terme désignait une population hétérogène liée à l’expansion commerciale arabo-swahilie de la fin du XIXe siècle. (123dok.net)

Elle comprenait notamment des personnes provenant de plusieurs origines : populations swahilies, Nyamwezi, groupes venus du Maniema, descendants issus des réseaux de la côte orientale, etc. (123dok.net)

Ils sont arrivés notamment par l’axe Kirundu–Kisangani–Mambasa, et différents postes furent établis dans l’espace iturien. Un noyau s’est finalement consolidé à Mambasa. (123dok.net)

Donc « Arabisé » désigne beaucoup plus une identité historique, culturelle et sociopolitique qu’une origine généalogique commune.

Autrement dit :

Arabisé n’est pas une “race”, ni nécessairement une tribu, ni une ethnie au sens généalogique strict.

C’est une communauté historique constituée par acculturation, migrations, commerce, islamisation et réseaux swahilis.

Et c’est justement une excellente illustration de la nécessité du mot communauté.


6. Hema et Gegere : même peuple ?

C’est encore plus intéressant.

Les Gegere sont généralement présentés comme les Hema du Nord, tandis que l’expression Hema du Sud désigne l’autre grand ensemble Hema.

Human Rights Watch explique explicitement que le groupe Hema comporte deux ensembles : Gegere/Hema du Nord, notamment à Djugu, et Hema du Sud, notamment à Irumu. (icj-cij.org)

Mais une différence très importante existe :

  • les Hema du Sud ont historiquement conservé le kihema/ruhema ;
  • beaucoup de Gegere/Hema du Nord parlent une variété de kilendu/bbadha. (icj-cij.org)

Le Mapping Report des Nations unies emploie d’ailleurs l’expression « Hema-Gegere ou Hema-Nord ». (mapping-report.org)

Donc je formulerais ainsi :

Les Gegere appartiennent historiquement au grand ensemble Hema, mais constituent une branche septentrionale ayant connu une trajectoire linguistique, territoriale et politique particulière.

Il serait donc erroné de faire une liste :

Hema – Gegere – Lendu – Alur…

comme s’il s’agissait nécessairement de quatre unités taxonomiques équivalentes.

Il serait préférable d’écrire :

Hema
↳ Hema du Nord / Gegere
↳ Hema du Sud

avec ensuite les chefferies, clans et autres subdivisions.


7. Il nous faut donc une véritable grammaire des identités ituriennes

Je vous propose cette hiérarchie conceptuelle. Elle évitera énormément d’erreurs dans nos travaux futurs.

ConceptCe qu’il décritExemple possible en Ituri
FiliationRelation généalogique entre personnesX est fils ou descendant de Y
LignageDescendants se réclamant d’un ancêtre identifiablefamille lignagère
ClanEnsemble de lignages se réclamant d’une ascendance ou identité communeclans au sein d’un peuple
Patri-clan ou patrilignageTransmission de l’appartenance par la ligne paternellesystème patrilinéaire
TribuEnsemble historique et sociopolitique traditionnel ; terme à employer prudemmentAlur, Bira, etc., selon la nomenclature retenue
EthnieEnsemble construit autour d’une identité historique, culturelle, linguistique et souvent d’une origine commune revendiquéeHema, Lendu, Alur…
PeupleTerme plus souple, souvent préférable lorsqu’on ne veut pas préjuger de la classification anthropologiquepeuple Alur
CommunautéEnsemble de personnes partageant une appartenance pertinente, même sans ascendance communeArabisés de Mambasa
AllianceRelation entre groupes distinctsalliance matrimoniale, politique, militaire ou coutumière
PopulationEnsemble des habitants d’un territoire, sans présumer leur identitépopulation de Bunia
IturienAppartenance territoriale/provincialetous les ressortissants de l’Ituri
RaceAncienne classification biologique des humains, scientifiquement très problématiqueà éviter pour classifier les peuples ituriens

Et j’ajouterais encore deux colonnes indispensables dans une base de données : langue et entité coutumière/administrative.

Car une langue n’est pas une ethnie, et une chefferie n’est pas une tribu.


8. Les erreurs les plus fréquentes en Ituri

C’est probablement ici que votre question devient la plus utile.

Première erreur : prendre les chefferies pour des ethnies.
« Bahema-Nord », « Bahema-Banywagi », « Ndo-Ukebu », « Walendu-Pitsi », etc. sont aussi des réalités politico-administratives/coutumières. Le nom d’une entité ne suffit pas à établir une catégorie anthropologique.

Deuxième erreur : prendre la langue parlée pour l’origine ethnique.
Le cas Gegere est exemplaire : parler une langue proche ou issue de celle des Lendu ne transforme pas automatiquement une population en Lendu. Inversement, des Ukebu ayant adopté le lendu ne deviennent pas nécessairement Lendu par filiation. (africamuseum.be, icj-cij.org)

Troisième erreur : transformer une catégorie historique en ethnie.
Les Arabisés en sont le meilleur exemple. Leur identité est historiquement réelle sans constituer nécessairement une origine généalogique unique. (123dok.net)

Quatrième erreur : confondre territoire actuel et origine historique.
Des Budu vivent en Ituri, mais leur foyer principal se trouve à Wamba. Des Nande vivent depuis plusieurs générations en Ituri sans que le Nord-Kivu cesse d’être leur principal espace historique de référence. La présence géographique et l’autochtonie revendiquée sont deux variables différentes.

Cinquième erreur : croire qu’une appellation correspond nécessairement à un peuple différent.
Membi, Ndo, Ukebu, Okebo montrent exactement le contraire : les changements de noms, migrations, classifications coloniales et regroupements administratifs peuvent multiplier les ethnonymes autour de populations historiquement apparentées. (scribd.com)

Sixième erreur : mettre toutes les catégories sur le même niveau.
Une liste comme « Hema, Gegere, Ndo, Ukebu, Arabisés, Budu, Ituriens » mélange des niveaux logiques différents.

C’est comme si en Belgique on mettait dans la même colonne : « Belges, Wallons, Bruxellois, francophones, musulmans, Flamands, habitants d’Anvers ». Toutes ces catégories peuvent être réelles, mais elles ne répondent pas à la même question.

Septième erreur — probablement la plus dangereuse en Ituri : transformer une identité politique récente en vérité anthropologique ancienne.
Les conflits contemporains ont durci certaines frontières identitaires. Les recherches récentes rappellent justement que l’identité ethnique en Ituri a été fortement politisée. (socialscienceinaction.org)


9. Cela change la manière dont je construirais une « carte des peuples de l’Ituri »

Je déconseillerais désormais une simple colonne TRIBU.

Pour chaque groupe, il faudrait au minimum enregistrer :

Nom actuel | Autres noms historiques | Famille historique/linguistique | Peuple/ethnie | Sous-groupe | Clan/lignage | Langue(s) | Territoire historique | Localisation actuelle | Chefferie/secteur | Migrations connues | Groupes apparentés | Alliances historiques | Source | Degré de certitude

Cela permettrait par exemple de ne jamais transformer mécaniquement :

Gegere → ethnie indépendante,
Arabisé → tribu,
Ndo-Ukebu → nécessairement un seul niveau ethnique,
Budu de Mambasa → peuple exclusivement iturien,
ou Iturien → ethnie.

À mon sens, c’est même un petit chantier scientifique qui vaut la peine d’être entrepris : construire une taxonomie raisonnée des peuples de l’Ituri, territoire par territoire — Aru, Mahagi, Djugu, Irumu et Mambasa — en distinguant systématiquement peuple, ethnie, sous-groupe, clan, langue, chefferie, migrations et appellations historiques. On découvrirait probablement plusieurs dizaines d’erreurs reproduites d’un document administratif à l’autre.

Le droit du sol

Chez plusieurs, le terme ressortissant prête à confusion, dans un pays hanté par la congolité, le droit de sang, le droit du sol, la colonisation, l’esclavage même – pour certains. Que veut-il dire : habitant, originaire, autochtone, propriétaire terrien, citoyen ou autre chose ?

Vous avez raison de vous arrêter sur ce mot. « Ressortissant » est particulièrement dangereux dans une étude des identités en Ituri si on ne le définit pas, précisément parce qu’il peut être compris comme une affirmation d’origine, d’autochtonie ou même de droits sur la terre.

Ce que « ressortissant » signifie normalement

Dans son sens administratif classique, un ressortissant est une personne qui relève juridiquement d’un État : un « ressortissant congolais » signifie normalement une personne ayant la nationalité congolaise.

Mais dans l’usage congolais, le mot s’est considérablement élargi. On entend :

« les ressortissants de Mahagi à Kinshasa »
« les ressortissants du Nord-Kivu à Bruxelles »
« les ressortissants de telle chefferie »

Dans ces expressions, ressortissant signifie généralement : personne qui se rattache par son origine à ce territoire, même si elle n’y habite plus.

C’est donc presque l’inverse d’« habitant ».

Un Alur né à Mahagi et vivant depuis trente ans à Bruxelles peut être qualifié de ressortissant de Mahagi, alors qu’il n’en est plus habitant.

Un homme né à Bunia, qui y habite depuis cinquante ans, peut être habitant de Bunia sans être considéré, selon certains usages locaux, comme « originaire » du territoire où se trouve Bunia.

C’est précisément là que commencent les problèmes.

Six notions qu’il vaut mieux séparer

TermeQuestion à laquelle il répondCe qu’il ne prouve pas
Habitant / résidentOù cette personne vit-elle ?son origine
NatifOù est-elle née ?son ascendance ou son autochtonie
Originaire deÀ quel territoire/groupe rattache-t-elle son origine familiale ?qu’elle y réside actuellement
AutochtoneLe groupe est-il considéré comme historiquement établi dans ce territoire ?un droit individuel de propriété
CitoyenDe quel État possède-t-elle la citoyenneté/nationalité ?son ethnie ou sa terre ancestrale
Propriétaire foncierPossède-t-elle juridiquement/coutumièrement un droit déterminé sur une terre ?son autochtonie ou son origine

« Ressortissant » peut malheureusement être employé pour plusieurs de ces cases. C’est pourquoi je conseillerais de l’éviter comme variable scientifique, sauf lorsqu’on reproduit la terminologie d’une source.

Et surtout : « autochtone » ne veut pas dire « propriétaire »

Cette distinction est capitale pour l’Ituri.

Supposons qu’une famille appartienne à une population historiquement implantée dans une chefferie depuis plusieurs siècles. Cela peut soutenir une qualification historique d’autochtone dans un certain contexte.

Cela ne signifie pas :

« chaque membre de cette population est propriétaire de toutes les terres de cette chefferie ».

Inversement, une personne considérée localement comme « non originaire » peut acquérir légalement certains droits fonciers. L’identité ethnique et le titre/droit foncier appartiennent à deux systèmes de qualification différents.

Il faut également distinguer les droits collectifs ou coutumiers sur les terres des droits individuels.

« Originaire » pose lui-même un problème

Il paraît plus précis que « ressortissant », mais il faut immédiatement demander :

originaire selon quel critère ?

Naissance ? Père ? Mère ? Clan ? Chefferie ? Ancêtre ? Langue ? Village ? Territoire administratif actuel ?

Prenons un cas hypothétique très iturien :

Un homme naît à Bunia.
Son père est Alur de Mahagi.
Sa mère est Hema d’Irumu.
Il grandit à Bunia.
Il parle swahili et français mais pratiquement pas l’alur.
Il épouse une Lendu.
Ses enfants naissent à Bunia.

À la question « D’où est-il originaire ? », plusieurs réponses peuvent être simultanément défendables selon le critère retenu.

Lieu de naissance : Bunia.
Résidence : Bunia.
Filiation paternelle : Alur/Mahagi.
Filiation maternelle : Hema/Irumu.
Identité déclarée : à lui de la préciser.
Citoyenneté : congolaise, si les conditions légales sont réunies.
Propriété foncière : question complètement distincte.

Réduire tout cela à « ressortissant de X » détruit de l’information.

Et le mot « Iturien » ?

Je corrigerais donc légèrement ma formulation précédente.

Au lieu de :

« Un Iturien est un habitant ou un ressortissant de la province de l’Ituri »

je préférerais désormais :

« Iturien » est une identité territoriale dont le sens doit être précisé selon le contexte : elle peut désigner une personne qui habite l’Ituri, qui y est née, qui en est originaire, ou qui s’identifie durablement à cette province. Elle ne constitue en elle-même ni une ethnie, ni une preuve d’autochtonie, ni un titre foncier.

C’est beaucoup plus robuste.

Et si nous faisons un travail scientifique, je pousserais encore plus loin : ne pas décider nous-mêmes qui est Iturien.

Il faudrait enregistrer séparément les faits.

Une fiche individuelle pourrait ainsi contenir

Lieu de naissance → Bunia
Résidence actuelle → Aru
Résidence antérieure → Kampala
Origine paternelle déclarée → Mahagi
Origine maternelle déclarée → Djugu
Peuple/ethnie déclarée → …
Clan déclaré → …
Langue maternelle → …
Langues pratiquées → …
Nationalité juridique → congolaise
Identité territoriale déclarée → Iturien
Statut foncier → séparément documenté.

C’est ensuite le chercheur qui peut analyser les croisements.

Et votre remarque sur la « congolité » va encore plus loin

Elle met en évidence une erreur méthodologique particulièrement grave : transformer une catégorie sociale en catégorie juridique, ou une catégorie juridique en catégorie biologique.

On peut schématiser ainsi :

Sang / ascendance → généalogie
Naissance → lieu de naissance
Sol → territoire
Résidence → géographie sociale
Nationalité → droit
Ethnie → identité historique et socioculturelle
Clan → parenté/socialisation
Langue → linguistique
Autochtonie → relation historique revendiquée à un territoire
Propriété → droit foncier
Citoyenneté → relation juridique/politique à l’État
Identité personnelle → auto-identification.

Aucune flèche automatique ne devrait relier ces catégories.

Être né quelque part ≠ en être ethniquement originaire.
Être originaire ≠ y résider.
Résider ≠ être autochtone.
Être autochtone ≠ être propriétaire.
Être propriétaire ≠ être autochtone.
Parler une langue ≠ appartenir à l’ethnie associée à cette langue.
Appartenir à une ethnie ≠ posséder un territoire.

Et, dans le contexte de l’Ituri, cette dernière distinction est probablement l’une des plus importantes.

Cela me conduit même à modifier l’approche que je proposais précédemment : plutôt qu’une “liste des ethnies de l’Ituri”, construisons une matrice des identités et appartenances de l’Ituri. Elle permettrait précisément de ne plus faire dire aux mots Iturien, ressortissant, originaire, autochtone, Hema, Gegere, Ndo, Ukebu, Arabisé, habitant, etc., davantage que ce qu’ils signifient réellement.

Une colonisation subtile ?

« L’Ituri actuel comprend cinq territoires — Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa — ainsi que Bunia. »

Cette phrase à elle seule est le début d’une guerre. Elle laisse penser que Bunia, la ville de Bunia, pourrait être sortie, séparée, du territoire d’Irumu dans lequel il se trouve. Si le législateur peut entrevoir ou entrevoit une telle séparation, le commun des Ituriens y voit un accaparement territorial, une colonisation mal cachée. Pour ces Ituriens, Bunia est un sol bira et doit le demeurer.
La naissance d’un groupe rebelle tel que Chini ya Kilima ne pourrait-elle pas être l’expression de la révolte de ceux qui auraient une autre conception de la ville de Bunia ? Ne serait-il pas plutôt naturel de dire que la province de l’Ituri comporte cinq territoires, dont celui d’Irumu contient la capitale de la province ?

Votre objection m’oblige à corriger non seulement la phrase, mais la méthode. J’avais superposé une description administrative contemporaine [Pour qui et à quelle fin ?] à une question beaucoup plus sensible : l’appartenance historique du sol.

1. Formulation meilleure historiquement, mais qui demande une réserve juridique

Dire simplement :

« L’Ituri comprend cinq territoires — Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa — dont le territoire d’Irumu abrite Bunia, capitale provinciale. »

est effectivement beaucoup moins susceptible de créer des conflits qu’affirmer : « L’Ituri actuel comprend cinq territoires — Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa — ainsi que Bunia. »

Votre objection m’oblige à corriger non seulement la phrase, mais la méthode. J’avais superposé une description administrative contemporaine à une question beaucoup plus sensible : l’appartenance historique du sol.

1. Votre formulation est meilleure historiquement, mais demande une réserve juridique

Dire simplement :

« L’Ituri comprend cinq territoires — Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa — dont le territoire d’Irumu abrite Bunia, capitale provinciale. »

est effectivement beaucoup moins susceptible de suggérer que Bunia serait un « sixième territoire ».

Mais juridiquement, il faut ajouter une note : l’administration congolaise contemporaine traite Bunia comme une ville distincte du territoire d’Irumu sur le plan administratif. La CAID présente ainsi l’Ituri comme « une ville et cinq territoires ». (caid.cd)

Autrement dit, il faut séparer deux propositions :

Bunia possède aujourd’hui un statut administratif urbain propre ;
cela ne signifie pas nécessairement que l’histoire territoriale du sol de Bunia commence avec la création juridique de cette ville.

C’est précisément la distinction que ma première réponse ne faisait pas.

2. Et l’histoire administrative est beaucoup plus compliquée

L’étude historique du Musée royal de l’Afrique centrale montre combien les frontières et dénominations administratives ont bougé. En 1947, l’administration coloniale supprime même le territoire d’Irumu et crée notamment un territoire de Bunia. Puis l’organisation est de nouveau modifiée ; en 1955, Bunia devient à la fois chef-lieu du territoire d’Irumu et chef-lieu du district de l’Ituri. (africamuseum.be)

C’est extrêmement important.

Cela signifie qu’on ne peut pas prendre le découpage administratif d’une époque donnée comme preuve de la propriété historique, de l’autochtonie ou de l’identité du territoire.

Administration et histoire du peuplement doivent être étudiées séparément.

3. « Bunia est un sol bira » : voilà une proposition qu’il faut décomposer

Je comprends maintenant beaucoup mieux votre avertissement.

Lorsque certains Bira disent en substance :

« Bunia est chez nous »,

ils ne font pas nécessairement une affirmation sur le statut administratif actuel de Bunia.

Ils peuvent faire une affirmation sur :

  • l’antériorité du peuplement ;
  • les terres ancestrales ;
  • les autorités coutumières préexistantes ;
  • les déplacements et transformations provoqués par la colonisation ;
  • la croissance urbaine ;
  • la représentation politique ;
  • la maîtrise foncière ;
  • ou la crainte de devenir démographiquement et politiquement minoritaires sur un territoire considéré comme ancestral.

Ce sont sept questions différentes.

Et dire juridiquement « Bunia est une ville » ne répond à aucune d’elles.

4. Votre rapprochement avec Chini ya Kilima est particulièrement intéressant

Ici, nous disposons d’éléments beaucoup plus solides que d’une simple hypothèse.

La Force patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC), également appelée Chini ya Kilima, est décrite par le Groupe d’experts des Nations unies comme étant principalement composée de membres de la communauté Bira.

Et surtout, le rapport donne explicitement certaines des revendications attribuées à la FPIC :

marginalisation des Bira, manque de représentation au niveau provincial et appropriation de leurs terres par des membres de la communauté Hema. (Digital Library)

Nous sommes donc très proches de votre intuition.

Mais je ferais une distinction importante :

Oui, on peut raisonnablement interpréter l’émergence de la FPIC comme exprimant, entre autres choses, une crise du rapport des Bira à leur territoire, à leur représentation et à leur perception de la dépossession.

Non, les sources dont nous disposons ne permettent pas encore de réduire la naissance de Chini ya Kilima à une réaction contre le statut urbain de Bunia ou contre une supposée « séparation de Bunia d’Irumu ».

Ce serait franchir une étape causale que nos sources ne démontrent pas.

5. Mais géographiquement, votre observation prend une force particulière

La ville actuelle est effectivement située à l’extrémité nord de l’espace géographique d’Irumu ; une étude consacrée à la sécurité de Bunia la décrit d’ailleurs explicitement ainsi. (ResearchGate)

Et les questions de limites restent suffisamment sensibles pour qu’en 2024, un processus spécifique de matérialisation des limites administratives de Bunia ait encore été mené avec les entités coutumières périphériques. Le PNUD cite notamment les Baboa Bokoe, Bahema d’Irumu et Basili. (UNDP)

Donc le problème que vous soulevez n’est absolument pas théorique.

Il existe une géographie administrative de Bunia, mais également une géographie historique et coutumière autour de Bunia.

Elles ne doivent pas être confondues.

6. Et « Chini ya Kilima » lui-même comporte un piège

Il faut également distinguer :

Chini ya Kilima, le groupement coutumier, dans la chefferie des Andisoma, territoire d’Irumu ;

et

FPIC/Chini ya Kilima, le groupe armé qui a pris son nom de cet endroit.

Le groupement existait très longtemps avant la milice : une enquête locale fait remonter sa création administrative à 1915, avec Sezabo comme chef-lieu. (buniaactualite.cd) L’ACP confirme son appartenance à la chefferie des Andisoma et au territoire d’Irumu. (ACP)

Il serait donc injuste de transformer les habitants de Chini ya Kilima en « population rebelle ». Les autorités ont elles-mêmes dénoncé cette assimilation entre les originaires du groupement et la FPIC. (ACP)

Cela révèle quelque chose de beaucoup plus profond

Je pense que nous venons de découvrir une autre catégorie qu’il faudra impérativement introduire dans notre grille des peuples de l’Ituri : le territoire.

Et pas un seul « territoire ».

Il nous en faut au moins quatre :

NotionQuestion
Territoire administratifQuelle autorité de l’État administre cet espace aujourd’hui ?
Territoire coutumierDe quelle chefferie/secteur/groupement relève historiquement cet espace ?
Territoire historiqueQuelles populations l’occupaient avant les découpages administratifs actuels ?
Territoire identitaire revendiquéQuel peuple considère cet espace comme sa terre ancestrale ?

Et j’ajouterais une cinquième colonne : statut foncier juridique actuel.

Car aucune de ces quatre premières catégories ne suffit à établir la propriété juridique d’une parcelle.

Nous retrouvons exactement votre problème initial

Une phrase apparemment innocente :

« L’Ituri comprend cinq territoires ainsi que Bunia »

peut être comprise administrativement comme parfaitement banale.

Mais un Bira peut l’entendre tout autrement :

« Vous venez d’enlever Bunia à Irumu. »

Puis une phrase encore plus dangereuse pourrait suivre :

« Bunia n’appartient plus à personne puisqu’elle est devenue une ville cosmopolite. »

Là, un changement de statut administratif serait implicitement transformé en effacement de l’histoire territoriale.

Et dans un contexte où un groupe armé principalement bira a précisément formulé des griefs de marginalisation, sous-représentation et appropriation des terres, ce vocabulaire mérite une extrême précision. (Digital Library)

Je retiendrais donc désormais cette formulation

« La province de l’Ituri comprend cinq territoires : Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa. Bunia, capitale provinciale située dans l’espace historique et géographique d’Irumu, possède aujourd’hui un statut administratif de ville distinct de celui du territoire d’Irumu. Ce statut administratif ne préjuge ni de l’histoire du peuplement de Bunia, ni des appartenances coutumières antérieures, ni des revendications d’autochtonie, ni des droits fonciers, qui doivent être étudiés séparément. »

Celle-là me paraît beaucoup plus difficile à instrumentaliser.

Et votre hypothèse concernant Bira–Bunia–Irumu–Chini ya Kilima mérite, à mon avis, une enquête historique distincte : comment le passage de Mbunya/Bunia d’un espace coutumier et territorial à une capitale cosmopolite a-t-il été vécu par les Bira eux-mêmes ? Les sources de l’ONU montrent qu’il existe suffisamment d’indices pour que cette question soit scientifiquement légitime, sans pour autant assimiler les Bira à la FPIC ni justifier la violence de celle-ci. (Digital Library)

Mais juridiquement, il faut ajouter une note : l’administration congolaise contemporaine traite Bunia comme une ville distincte du territoire d’Irumu sur le plan administratif. La CAID présente ainsi l’Ituri comme « une ville et cinq territoires ». (caid.cd)

Autrement dit, il faut séparer deux propositions :

Bunia possède aujourd’hui un statut administratif urbain propre ;
cela ne signifie pas nécessairement que l’histoire territoriale du sol de Bunia commence avec la création juridique de cette ville.

C’est précisément la distinction que ma première réponse ne faisait pas.

2. Et l’histoire administrative est beaucoup plus compliquée

L’étude historique du Musée royal de l’Afrique centrale montre combien les frontières et dénominations administratives ont bougé. En 1947, l’administration coloniale supprime même le territoire d’Irumu et crée notamment un territoire de Bunia. Puis l’organisation est de nouveau modifiée ; en 1955, Bunia devient à la fois chef-lieu du territoire d’Irumu et chef-lieu du district de l’Ituri. (africamuseum.be)

C’est extrêmement important.

Cela signifie qu’on ne peut pas prendre le découpage administratif d’une époque donnée comme preuve de la propriété historique, de l’autochtonie ou de l’identité du territoire.

Administration et histoire du peuplement doivent être étudiées séparément.

3. « Bunia est un sol bira » : voilà une proposition qu’il faut décomposer

Je comprends maintenant beaucoup mieux votre avertissement.

Lorsque certains Bira disent en substance :

« Bunia est chez nous »,

ils ne font pas nécessairement une affirmation sur le statut administratif actuel de Bunia.

Ils peuvent faire une affirmation sur :

  • l’antériorité du peuplement ;
  • les terres ancestrales ;
  • les autorités coutumières préexistantes ;
  • les déplacements et transformations provoqués par la colonisation ;
  • la croissance urbaine ;
  • la représentation politique ;
  • la maîtrise foncière ;
  • ou la crainte de devenir démographiquement et politiquement minoritaires sur un territoire considéré comme ancestral.

Ce sont sept questions différentes.

Et dire juridiquement « Bunia est une ville » ne répond à aucune d’elles.

4. Votre rapprochement avec Chini ya Kilima est particulièrement intéressant

Ici, nous disposons d’éléments beaucoup plus solides que d’une simple hypothèse.

La Force patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC), également appelée Chini ya Kilima, est décrite par le Groupe d’experts des Nations unies comme étant principalement composée de membres de la communauté Bira.

Et surtout, le rapport donne explicitement certaines des revendications attribuées à la FPIC :

marginalisation des Bira, manque de représentation au niveau provincial et appropriation de leurs terres par des membres de la communauté Hema. (Digital Library)

Nous sommes donc très proches de votre intuition.

Mais je ferais une distinction importante :

Oui, on peut raisonnablement interpréter l’émergence de la FPIC comme exprimant, entre autres choses, une crise du rapport des Bira à leur territoire, à leur représentation et à leur perception de la dépossession.

Non, les sources dont nous disposons ne permettent pas encore de réduire la naissance de Chini ya Kilima à une réaction contre le statut urbain de Bunia ou contre une supposée « séparation de Bunia d’Irumu ».

Ce serait franchir une étape causale que nos sources ne démontrent pas.

5. Mais géographiquement, votre observation prend une force particulière

La ville actuelle est effectivement située à l’extrémité nord de l’espace géographique d’Irumu ; une étude consacrée à la sécurité de Bunia la décrit d’ailleurs explicitement ainsi. (ResearchGate)

Et les questions de limites restent suffisamment sensibles pour qu’en 2024, un processus spécifique de matérialisation des limites administratives de Bunia ait encore été mené avec les entités coutumières périphériques. Le PNUD cite notamment les Baboa Bokoe, Bahema d’Irumu et Basili. (UNDP)

Donc le problème que vous soulevez n’est absolument pas théorique.

Il existe une géographie administrative de Bunia, mais également une géographie historique et coutumière autour de Bunia.

Elles ne doivent pas être confondues.

6. Et « Chini ya Kilima » lui-même comporte un piège

Il faut également distinguer :

Chini ya Kilima, le groupement coutumier, dans la chefferie des Andisoma, territoire d’Irumu ;

et

FPIC/Chini ya Kilima, le groupe armé qui a pris son nom de cet endroit.

Le groupement existait très longtemps avant la milice : une enquête locale fait remonter sa création administrative à 1915, avec Sezabo comme chef-lieu. (buniaactualite.cd) L’ACP confirme son appartenance à la chefferie des Andisoma et au territoire d’Irumu. (ACP)

Il serait donc injuste de transformer les habitants de Chini ya Kilima en « population rebelle ». Les autorités ont elles-mêmes dénoncé cette assimilation entre les originaires du groupement et la FPIC. (ACP)

Cela révèle quelque chose de beaucoup plus profond

Je pense que nous venons de découvrir une autre catégorie qu’il faudra impérativement introduire dans notre grille des peuples de l’Ituri : le territoire.

Et pas un seul « territoire ».

Il nous en faut au moins quatre :

NotionQuestion
Territoire administratifQuelle autorité de l’État administre cet espace aujourd’hui ?
Territoire coutumierDe quelle chefferie/secteur/groupement relève historiquement cet espace ?
Territoire historiqueQuelles populations l’occupaient avant les découpages administratifs actuels ?
Territoire identitaire revendiquéQuel peuple considère cet espace comme sa terre ancestrale ?

Et j’ajouterais une cinquième colonne : statut foncier juridique actuel.

Car aucune de ces quatre premières catégories ne suffit à établir la propriété juridique d’une parcelle.

Nous retrouvons exactement votre problème initial

Une phrase apparemment innocente :

« L’Ituri comprend cinq territoires ainsi que Bunia »

peut être comprise administrativement comme parfaitement banale.

Mais un Bira peut l’entendre tout autrement :

« Vous venez d’enlever Bunia à Irumu. »

Puis une phrase encore plus dangereuse pourrait suivre :

« Bunia n’appartient plus à personne puisqu’elle est devenue une ville cosmopolite. »

Là, un changement de statut administratif serait implicitement transformé en effacement de l’histoire territoriale.

Et dans un contexte où un groupe armé principalement bira a précisément formulé des griefs de marginalisation, sous-représentation et appropriation des terres, ce vocabulaire mérite une extrême précision. (Digital Library)

Je retiendrais donc désormais cette formulation

« La province de l’Ituri comprend cinq territoires : Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa. Bunia, capitale provinciale située dans l’espace historique et géographique d’Irumu, possède aujourd’hui un statut administratif de ville distinct de celui du territoire d’Irumu. Ce statut administratif ne préjuge ni de l’histoire du peuplement de Bunia, ni des appartenances coutumières antérieures, ni des revendications d’autochtonie, ni des droits fonciers, qui doivent être étudiés séparément. »

Celle-là me paraît beaucoup plus difficile à instrumentaliser.

Et votre hypothèse concernant Bira–Bunia–Irumu–Chini ya Kilima mérite, à mon avis, une enquête historique distincte : comment le passage de Mbunya/Bunia d’un espace coutumier et territorial à une capitale cosmopolite a-t-il été vécu par les Bira eux-mêmes ? Les sources de l’ONU montrent qu’il existe suffisamment d’indices pour que cette question soit scientifiquement légitime, sans pour autant assimiler les Bira à la FPIC ni justifier la violence de celle-ci. (Digital Library)