La balkanisation soudanaise


C’est une question très importante, car elle touche non pas seulement aux statistiques, mais au sentiment politique et populaire des populations concernées.

Au Sud-Soudan : peu de nostalgie de l’unité, mais beaucoup de déception

Malgré les guerres civiles, la pauvreté et l’instabilité, on observe généralement que la majorité des Sud-Soudanais ne réclame pas un retour à l’unité avec le Soudan.

Les critiques portent surtout sur :

les dirigeants sud-soudanais ;

la corruption ;

les rivalités entre élites politiques ;

l’absence de services publics ;

l’insécurité.


Beaucoup de citoyens disent en substance :

> « Nous voulions l’indépendance, mais pas cette gouvernance. »



L’indépendance reste souvent perçue comme une conquête historique obtenue au prix de plusieurs générations de lutte et de millions de victimes.

Ainsi, le mécontentement vise davantage les gouvernements successifs de Juba que le principe même de l’indépendance.




Au Soudan : un sentiment plus complexe

Au Nord, les opinions sont plus diverses.

Certains estiment que :

la séparation a privé le pays d’une grande partie de ses ressources pétrolières ;

l’économie s’est fortement affaiblie après 2011 ;

la sécession n’a pas apporté la stabilité promise.


D’autres considèrent au contraire que :

le conflit Nord-Sud était devenu pratiquement insoluble ;

l’unité forcée coûtait énormément en vies humaines et en ressources ;

la séparation était devenue inévitable.


On trouve donc des voix qui regrettent les conséquences économiques de la partition, mais très peu de mouvements politiques sérieux proposant aujourd’hui une réunification.




Ce que les populations réclament aujourd’hui

Lorsqu’on analyse les revendications populaires exprimées dans les médias, les organisations civiles, les manifestations et les enquêtes internationales, les demandes portent principalement sur :

Au Sud-Soudan

la paix durable ;

des élections crédibles ;

la lutte contre la corruption ;

l’éducation ;

les infrastructures ;

l’emploi ;

l’accès à l’eau et à la santé.


Au Soudan

la fin de la guerre entre les forces armées ;

un gouvernement civil légitime ;

la sécurité ;

la reconstruction ;

la relance économique.


Autrement dit, les peuples parlent aujourd’hui beaucoup plus de gouvernance que de frontières.




Une observation intéressante pour l’Afrique

L’expérience soudanaise a produit une conclusion que l’on retrouve chez de nombreux chercheurs africains :

> Les populations souffrent rarement à cause d’une frontière en elle-même ; elles souffrent surtout de la mauvaise gouvernance, de la guerre, de la corruption et de la faiblesse des institutions.



C’est pourquoi, dans le débat sur les séparations ou les balkanisations ailleurs en Afrique, l’exemple soudanais est souvent utilisé pour montrer que :

la création d’un nouvel État peut résoudre une question identitaire ou politique ;

mais elle ne garantit ni la paix, ni la démocratie, ni le développement.


En résumé, ni au Nord ni au Sud on n’observe aujourd’hui un mouvement populaire significatif réclamant la reconstitution du Grand Soudan. Les revendications portent plutôt sur la paix, la sécurité, la bonne gouvernance et l’amélioration des conditions de vie. Les populations jugent principalement leurs dirigeants sur ces questions concrètes plutôt que sur le débat de l’unité ou de la séparation.