Dans toute société, la négociation n’a de sens que lorsqu’il existe des désaccords à résoudre. On ne négocie pas entre personnes déjà unanimes ; on négocie pour aplanir les divergences, reconnaître les blessures, et reconstruire un cadre de coexistence. À cet égard, si Kinshasa choisit de ne dialoguer qu’avec ceux qu’il considère comme Congolais selon des critères fluctuants ou arbitraires, il commet une erreur politique majeure.
1. La dénaturalisation arbitraire : un problème institutionnel profond
Depuis 1960, de nombreux Congolais ont été privés de leur nationalité dans des conditions dénoncées comme arbitraires, sélectives et politiquement instrumentalisées. Cette pratique, qui touche des milliers de familles, n’a jamais été traitée avec le sérieux institutionnel qu’elle exige.
Elle constitue une forme de déni de citoyenneté, incompatible avec les principes fondamentaux de l’État moderne :
- la sécurité juridique,
- l’égalité devant la loi,
- la non‑discrimination,
- et la protection des droits civiques.
Nous faisons partie de ces Congolais dénaturalisés, et nous affirmons que cette situation n’est pas seulement une injustice individuelle : c’est un dysfonctionnement structurel qui fragilise la cohésion nationale et empêche toute paix durable.
2. Le tribalisme institutionnalisé : une menace pour la République
Le tribalisme ambiant, souvent encouragé ou toléré par certaines élites politiques, a progressivement pris la forme d’une colonisation interne :
- certains groupes se voient attribuer des droits supérieurs,
- d’autres sont marginalisés,
- et d’autres encore sont carrément exclus de la citoyenneté.
Ce phénomène n’est pas seulement moralement condamnable ; il est institutionnellement destructeur. Il crée des citoyens de première, deuxième et troisième catégorie, et transforme l’État en un espace de domination plutôt qu’en un cadre de justice.
3. Esclavagisme et colonisation internes : des réalités contemporaines
Il est nécessaire de nommer les choses avec précision. Lorsque des populations entières sont :
- privées de leurs droits,
- assignées à résidence identitaire,
- exclues des processus de décision,
- ou considérées comme « moins Congolaises » que d’autres,
nous ne sommes plus dans un simple conflit politique. Nous sommes dans une forme contemporaine d’esclavagisme interne et de colonisation intra‑nationale, où certains Congolais se comportent comme les maîtres d’autres Congolais.
Cette dynamique est incompatible avec toute idée de paix, de réconciliation ou de gouvernance moderne.
4. La paix ne peut pas être sélective
Il est illusoire de croire qu’une victoire militaire à Goma ou à Bukavu suffira à stabiliser le pays. La paix ne se décrète pas par les armes ; elle se construit par la reconnaissance de toutes les parties concernées.
Tant que Kinshasa refusera de reconnaître :
- les injustices liées à la dénaturalisation,
- les discriminations tribales,
- et les pratiques de domination interne,
aucune victoire militaire ne produira la paix. Elle ne produira qu’un répit temporaire, suivi d’un nouveau cycle de tensions.
5. Notre position : une exigence de justice et de rationalité institutionnelle
Nous demandons que Kinshasa reconnaisse que ces pratiques sont inacceptables et qu’elles constituent un obstacle majeur à la paix nationale. Cette reconnaissance n’est pas un acte de faiblesse : c’est un acte de lucidité politique.
La République démocratique du Congo ne pourra se reconstruire que si elle accepte de traiter toutes ses composantes avec dignité, égalité et respect. La paix durable exige :
- la restauration des droits civiques,
- la fin des exclusions identitaires,
- et la mise en place d’un cadre institutionnel réellement national, non tribal, non sélectif, non arbitraire.
