Luo ne seraient pas luo ?

Selon mon père, qui me rapportait ce qu’il avait appris de ses aïeux, les luo se se seraient jamais appelés luo dans leur histoire.  Tenez !


Les luo, de « jalwo » (garçon, jeune homme), du fait d’une incompréhension de la langue par le (les) explorateur(s), n’étaient pas appelés luo au départ.  Il n’est pas certain qu’ils eurent un nom collectif comme notre imaginaire voudrait nous imposer la conviction qu’ils dussent en avoir.

Selon l’histoire appris de mon père, plusieurs livres d’histoire propagent des inepties.  Dans le cas des luo, j’ai pu apprendre que quand un explorateur (lequel ?) a demandé à nos cousins du Kenya : « Qui êtes-vous » ? Suivant leur compréhension de la question (laquelle ?), ils lui ont montré, pointé du doigt un jeune homme en disant : « jalwo ». C’est devenu le nom de la tribu…  On ne sait par quelle logique propre à l’explorateur [Rassurez-vous, je connais plein d’histoire du genre qui nous ferait écrire des livres !].

C’est comme un fonctionnaire de Nyankasanza qui demandait à ma tante à mon inscription en 3ème B, l’école primaire de Nyankasanza, en 1966 : « Quel est le nom de votre fils ? », ma tante (mère) répondit : Paluku ; plutôt que de dire Uwekomu, nom que je portais déjà depuis ma naissance ; mais que mon père n’aimait pas trop entendre pour quelque raison familiale… Le fonctionnaire compris néanmoins : « Baluku », qui est un mot bira voulant dire « garçon ». Voilà pourquoi, lorsque vous retrouvez un document d’élève de 1966 à 1972 au nom de Baluku à l’école primaire catholique de Nyankasanza et au collège Saint-Joseph, sachez bien qu’il est du faux moi, Baluku !  Je peux en être sûr parce que parce que j’étais le seul Baluku dans l’école. Ce n’est pas tout !

Le colonisateur qui demanda à mon grand-père Ukumu comment s’appelait son fils cadet, reçut comme réponse : « Atuka ». Ayant mal compris, il inscrivit « Atoka » dans le registre ! C’est ainsi que plusieurs faux Atoka se retrouvent dans notre patriarchie. Bien plus tard, certains d’entre nous, informés de la mésaventure, corrigèrent la faute. Bien que Atoka eût pu être notre nom, en tout cas, il n’est pas celui qu’Ukumu avait donné à son fils et n’est donc définitivement pas notre nom de famille, selon nos coutumes ; d’autant plus que dans les faits, nous sommes une famille des Atuka et non pas des Atoka.   De sorte que, dans tout Anghal et dans tout Ugudo et Akusi, les aînés, qui connaissent cette histoire, ne nous appellent jamais Atoka, mais plutôt Atuka.

En Belgique, nos enfants ne pouvaient qu’hériter les noms issus de nos passeports congolais, même s’ils naquirent pour l’une congolaise, pour l’autre réfugié, pour les deux cadets, belges. Pour changer nos 5 faux noms, il nous faut une autorisation du Roi Philipe.  Le cas échéant, c’est-à-dire, si Sa Majesté agrée notre demande motivée, nous devons payer près de 600 € par élément modifié dans nos noms.  Or, chacun de nous en a plus que 3 à modifier.  Cela représente donc plus de 9000 € pour que des Atuka soient des Atuka !  Nous attendons donc d’être riches pour investir dans la restitution du vœu chargé de signification, pour nous, de notre aïeux Ukumu !

A propos Graphèle Paluku-Atoka Uwekomu

développement personnel, communautaire, national, planétaire
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