Chers Kongos : tous !
Lisez bien attentivement ce qui suit.
Ne Muanda N’semi le savait, mais il a trahi son peuple en refusant de demander l’indépendance qui aurait servi à réveiller les Congolais de leur sommeil. Le peuple Kongo se laisse faire. Comme toujours, le Katanga gesticule !
En effet, la question de la nationalité ne saurait être réduite au seul cas de la République démocratique du Congo. Dans toutes les sociétés humaines, les enfants héritent généralement de la nationalité de leurs parents sans avoir été consultés au préalable. Cette situation est universelle. La véritable question apparaît lorsque ces enfants atteignent l’âge de la majorité : disposent-ils réellement de la liberté de confirmer, de modifier ou de rejeter cette nationalité en toute connaissance de cause ?
Dans le cas de la RDC, cette interrogation demeure largement ouverte. Sur quels critères un Congolais devenu majeur pourrait-il décider de conserver ou de changer sa nationalité ? Quelles alternatives concrètes lui sont offertes ? Comment pourrait-il les mettre en œuvre ?
L’expérience de terrain montre qu’un nombre important de Congolais aspirent à quitter le pays sans savoir comment procéder légalement ni vers quelles destinations se tourner. À l’inverse, de nombreux compatriotes établis à l’étranger éprouvent des difficultés à rentrer durablement dans leur pays d’origine, malgré leur volonté de contribuer à son développement.
C’est notamment pour répondre à ces défis que l’EAE ASBL a conçu le projet « Migrations légales », qui vise à promouvoir des solutions respectueuses du droit, de la dignité humaine et des aspirations légitimes des personnes concernées.
Par ailleurs, le problème congolais ne réside pas uniquement dans l’existence de frontières héritées de l’histoire. Toutes les nations vivent avec des frontières qui leur préexistent. La véritable question est celle de l’adéquation entre ces frontières et les réalités humaines, culturelles, historiques et politiques des populations qu’elles englobent.
De nombreuses communautés africaines ont été séparées ou regroupées sans avoir été consultées. Les Zombo de l’Angola et ceux du Congo n’ont jamais exprimé le souhait d’être divisés par une frontière internationale. Il en va de même pour les Alur de la RDC et de l’Ouganda, ou encore pour les Lunda répartis entre plusieurs États contemporains.
Inversement, certaines communautés ont été intégrées dans des cadres administratifs communs malgré des histoires, des intérêts ou des identités parfois très différents. Les tensions récurrentes observées dans certaines régions soulèvent alors une question fondamentale : dans quelle mesure les structures territoriales actuelles correspondent-elles aux aspirations réelles des populations concernées ?
Enfin, l’histoire politique récente du Congo montre que plusieurs forums nationaux et internationaux ont tenté d’apporter des réponses à ces problématiques. La Conférence nationale souveraine, les Accords de Lemera, les négociations de Sun City, les processus de Nairobi et d’autres initiatives encore ont constitué des moments importants de l’histoire contemporaine du pays.
Cependant, leurs résultats demeurent largement contestés. Cette situation s’explique notamment par l’insuffisance de préparation des travaux, le manque de confiance entre les acteurs, l’absence de mécanismes efficaces de suivi et d’évaluation, la faible implication des populations concernées ainsi que les déficits de compétences techniques ou stratégiques observés dans certains processus décisionnels.
La question centrale reste donc entière : comment construire un projet national durable lorsque les populations concernées n’ont jamais véritablement participé à la définition collective de leur avenir commun ?
Tant que cette interrogation fondamentale ne recevra pas de réponse satisfaisante, les débats relatifs à l’identité nationale, aux frontières, à la gouvernance et à la cohésion du Congo continueront d’alimenter, à nourrir les incertitudes qui pèsent sur l’avenir du pays.
