Qui tue, comment et pourquoi ?


Vendredi, vers 10h, un convoie arrive discrètement à l’Hôpital du Cinquantenaire à Kinshasa. Dans un des véhicules, c’est l’épouse du Général Delphin Kahimbi qui sort, en pleures. Les rares témoins, qui rapportent la scène à POLITICO.CD sont vite déguerpis, le temps que la dépouille ne sorte du véhicule et soit acheminée vers la morgue.

Selon des proches de la famille, le Général est mort « dans la matinée dans son domicile » dans l’Ouest de Kinshasa. « Il n’était pas malade, il était bien portant », insiste un proche sous le seau de l’anonymat à POLITICO.CD. La veille, Le Général Dephin Kahimbi, Chef d’Etat Major Général adjoint en charge du renseignement militaire des FARDC venait d’être auditionné, pour la deuxième journée, par le Conseil national de Sécurité, un service de la Présidence congolaise dirigée par François Beya, Conseiller spécial du Président Félix Tshisekedi en matière de Sécurité.

Il a été suspendu de ses fonctions ce jeudi 27 février 2020 et était de nouveau convoqué ce matin pour une nouvelle audition. “Une action administrative et judiciaire a été lancée à l’endroit du Général afin de s’expliquer sur ses actes,” annonce le porte-parole des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Ce dernier souligne que cette affaire ne doit souffrir d’aucune ingérence ou gesticulation extérieure.

“Désarmé” jeudi dans la nuit

Selon plusieurs sources, un membre des services de Sécurité de la Maison civile du Chef de l’Etat congolais a débarqué hier dans la nuit au domicile du Général afin de procéder à son “désarmement”. “Il a débarqué avec une importante escorte des militaires qui ont démobilisé la garde du Général, lui demandant de rendre tout équipement militaire qu’il aurait en sa possession“, relate une source qui a requis l’anonymat à POLITICO.CD.

Selon cette source, le Général Kahimbi a “obtempéré” sans résistance. Sa garde rapprochée a été de ce fait, retirée. ” Il n’y a pas eu d’incident. Le Général n’est plus ressorti jusqu’à ce qu’on le retrouve mort ce matin” ajoute la source.

D’autres sources confirment l’information, expliquant par ailleurs que le Général Kahimbi avait rendez-vous ce vendredi matin au Conseil national de Sécurité où il était attendu depuis deux jours. “Il avait accepté de coopérer en laissant notamment qu’un intérimaire soit nommé à son poste le temps de mener des enquêtes autour de cette affaire de matériels d’écoute“.

“Il était question qu’une équipe se rende en Afrique du sud pour pouvoir élucider cette affaire. Le Général avait expliqué que le matériel était commandé avant-même l’arrivée du Président Félix Tshisekedi au pouvoir“, ajoute notre deuxième source.
POLITICO.CD n’a pas pu joindre la Maison civile du Chef de l’Etat Félix Tshisekedi pour corroborer l’information. Monseigneur Gérard Mulumba, Oncle du Président congolais, dirige cette institution.

Un pilier du système Kabila

Peu de renseignements sont disponibles au sujet du parcours de cet homme qui est devenu une pièce maîtresse de la DEMIAP, l’Agence de Renseignements militaires en RDC. Il fait surface en 2006 dans l’Est du
pays, où il est commandant adjoint de la 8ème Région militaire. En 2008, il passe commandant en second de l’Armée congolaise dans le Nord-Kivu et à la tête du commandement opérationnel des zones de Kiwanja and Rutshuru, où il dirige les opérations contre le groupe rebelle Congrès national pour la défense du
peuple (CNDP).

Human Rights Watch l’accuse alors de faire preuve d’une hostilité considérable à l’égard des troupes de maintien de la paix de l’ONU. “Il a sciemment exposé les Casques bleus et les civils rassemblés près
de leurs camps au risque d’être piégés dans des tirs croisés. Entre autres
actions entravant la coopération avec les Casques bleus, Kahimbi semble avoir
joué un rôle dans l’incitation de manifestations anti-Casques bleus“,
accuse Human Rights Watch dans un rapport.

Le Général Kahimbi disparaît des radars pour réapparaître en 2014, dans des nouvelles fonctions de Coordinateur du processus de pré-désarmement, démobilisation et réintégration des ex-combattants. Mais c’est plus récemment, en tant que Chef des renseignements militaires, que Delphin Kahimbi se fait griller par les radars internationaux. Il est accusé d’être impliqué dans des arrestations arbitraires, des détentions et des mauvais traitements à Kinshasa, entre autres dans le contexte de la répression des
partis d’opposition.

Martin Fayulu, candidat malheureux à la dernière présidence en RDC et Président du parti Engagement pour la citoyenneté et le
développement (ECIDE), a également été détenu pendant plusieurs heures au Q.G.
des renseignements militaires de Kinshasa le 14 février 2016, et un certain nombre de ses biens ont été saisis.

Des faits d’armes qui lui vaudront finalement des sanctions sur le plan international. Le 12 décembre 2016, l’Union européenne avait annoncé des sanctions ciblées à l’encontre de neuf hauts responsables congolais qui, selon l’UE, ont joué un rôle clé dans la répression au cours des deux dernières années. Parmi eux, le Général Delphin Kahimbi.

Les sanctions de l’UE comportent des interdictions de voyager à l’étranger et un gel des avoirs financiers. L’UE accuse par ailleurs ces personnalités, et donc le Général Kahimbi, de faire « obstacle à une
sortie de crise consensuelle et pacifique en vue de la tenue d’élection en RDC, notamment par des actes de violence, de répression ou d’incitation à la violence, ou des actions portant atteinte à l’État de droit»

Le Général Kahimbi continuera pourtant à jouer un rôle important en RDC. Il est notamment dans la délégation qui se rend à Kigali après la publication des résultats annonçant la victoire de Félix Tshisekedi à
la Présidentielle, mais contestée notamment par Paul Kagame, alors Président en exercice de l’Union Afrique. A son arrivée au pouvoir, Félix Tshisekedi le conserve à son poste dans une nouvelle mise en place au sein de l’armée.

Les Etats-Unis font pression depuis plusieurs mois sur le Président Félix Tshisekedi pour qu’il prenne des sanctions vis-à-vis d’anciens collaborateurs de Joseph Kabila. Jeudi soir, sa suspension a été saluée par des officiels américains sur les réseaux non sans provoquer une colère, notamment du côté de la coalition de l’ancien Président Joseph Kabila.”Comme
nous l’avons toujours dit, ceux qui sont corrompus, commettent des violations
des droits de l’homme ou perturbent le processus démocratique devraient rendre des comptes et être tenus pour responsables“, a dit l’Ambassadeur américain Mike Hammer dans un tweet en anglais, traduit par POLITICO.CD. Du côté des proches de l’ancien Président Joseph Kabila, on fustige l’ingérence étrangère dans une procédure interne à l’armée. “L’influence étrangère est l’un des plus funestes ennemis”, a écrit Francine
Muyumba, sénatrice et membre du FCC.

Aucune communication officielle n’a encore lieu. La cause du décès du Général reste également inconnues à ce stade. Une enquête a été ouverte par les autorités congolaises.Saido kavura mbogo.

Publié par Graphèle Paluku-Atoka Uwekomu

développement personnel, communautaire, national, planétaire

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