Christina Malkia Mukongoma : qui doit répondre ?

Beni : Christina recherche son père enlevé par des « ADF » depuis 8 ans
Société
Par Christina Malkia Mukongoma le 11 juin 2019
Christina Malkia est aujourd’hui mère d’un garçon. Elle s’est marié l’an dernier et toutes ces joies, elle aurait voulu les partager avec son père. Mais ce dernier est porté disparu depuis huit longues années.

Christina ne sait pas si son père est vivant ou mort. Elle aurait voulu qu’il l’amène à l’autel le jour de son mariage, ou qu’il voie son petit fils. Nous reprenons cette lettre avec son autorisation. Une lettre dans laquelle elle partage sa douleur. Cette douleur de voir qu’on tue depuis 5 ans à Beni, sans qu’aucune solution ne soit trouvée. Elle espère que sa lettre touchera le monde entier et poussera à l’action.

Bonjour tous,

Je ne sais pas jusqu’où iront mes écrits ni qui prendra le temps de les lire, Mais bénie sois cette belle personne qui, par sa lecture, partagera mon fardeau ! Sous ce froid de juin et une pluie fine qui s’abat sur ma ville, je me décide de prendre un stylo et d’accoucher sur cette page toutes les tristes pensées qui absorbent mon âme depuis des années interminables.

Je prendrai de longues heures pour griffonner les quelques lignes qui me tiennent à cœur, tout simplement parce que j’ai beaucoup de peine à parler, de sang froid, de ce que ma ville traverse. Native de Beni, dans la partie est de la République démocratique du Congo, impuissante comme tout le monde, je vis depuis 2014 dans une souffrance qui nous « rabote » et nous abrase sans pitié.

Nos disparus et nos victimes des massacres odieux se comptent par milliers !

En réalité, tout a commencé avant 2014. En juillet 2011, les #ADF ont enlevé mon père, dans un mois, il fera 8 ans exactement que je serai sans nouvelles de mon papa, le docteur Paluku Mukongoma ! Vivant ou mort, je ne sais pas quel est son sort ! Mais la probabilité est grande, qu’il ne soit plus de ce monde. Certains d’entre vous ne connaissent sûrement personne d’entre ces victimes, ces morts dont je parle. Moi, ce sont mes parents, mes amis, mes connaissances, mes voisins, mes concitoyens… d’innocentes gens que j’ai eu à croiser en ville, au marché ou à la boutique du quartier …

Dites-le au président

Durant la campagne électorale, le président Felix Tshisekedi est arrivé à Beni. Comme d’autres candidats présidents, il nous a promis la paix, il a aussi promis de faire de la sécurité dans notre région l’une de ses priorités ! Il a même promis de ramener l’Etat major à Beni ! Mais tristement, jusque-là, rien n’est fait ! Nous enregistrons toujours des morts, dites-le-lui, peut-être qu’il ne le sait pas ! Car même un simple message de condoléances pour le dernier massacre, nous n’avons pas reçu ! Dites aussi à son chef de cabinet, Vital Kamerhe, de ne pas oublier les bonnes habitudes ! Quand il était opposant, il présentait ses condoléances.

Dites au président de penser à tous ces orphelins dont l’avenir s’est assombri sans crier gare, toutes ces familles qui sont restées sans nouvelles de leurs progénitures depuis des années, ces femmes qui ne savent pas si leurs tendres époux sont morts ou vivants ; ces familles entièrement décimées, ces vies fauchées… Je vous supplie de dire au président de fermer ses yeux rien qu’une minute, d’imaginer une minute que si c’était de sa famille qu’il s’agit, il comprendrait nos douleurs !

Dites au président Félix qu’à Beni nous acceptons de dormir dans l’obscurité, sans électricité ! Nous acceptons d’aller puiser de l’eau à la source parce qu’il n’y a pas d’eau au robinet ! Nos priorités ne sont pas les routes ni l’électricité. Notre priorité c’est la paix, la sécurité !

Nous en avons marre de dormir en nous demandant qui sera la prochaine victime ou la personne que nous allons enterrer demain ! Nous n’en pouvons plus ! À force de pleurer, nos larmes ont séché ! À force de crier, nous avons perdu la voix ! Nous ne sommes pas des bêtes et nous méritons de vivre nos vies !

Nous voulons que nos parents nous voient grandir et que nous voyions nos enfants grandir à leur tour !

Pitié ! Pitié ! Pitié ! Nous ne savons pas ce que nous avons fait de mal pour mériter ce qui nous arrive, mais nous vous demandons PARDON !

Le président a enfin enterré son père ! Moi, je n’ai pas eu la chance ni la grâce d’enterrer le mien ! Il sait où repose enfin son père. Moi, je ne sais même pas dans quel village reculé le mien aurait rendu son dernier soupir. Je ne m’arrête pas qu’à mon triste sort, mais je ne veux pas que d’autres enfants traversent ce que j’ai traversé. Tout être humain mérite de mourir dans la dignité et non coupé à la machette !

A propos Graphèle Paluku-Atoka Uwekomu

développement personnel, communautaire, national, planétaire
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