Raphaël Kashala écrit…

BEMBA CONDAMNÉ ET ACQUITTÉ POUR DES MOTIFS POLITIQUES ?

Source : Raphaël Kashala, WhatsApp

Nous sommes une fois de plus placés devant notre destinée comme peuple. Et nous sommes dans l’obligation de bien lire les évènements qui se succèdent devant nous et de ne jamais oublier l’histoire de notre pays depuis qu’il existe jusqu’à ce jour pour comprendre exactement où nous allons, pour être plus clair, où sont-ils en train de nous conduire.

« Jean-Pierre Bemba a été condamné pour des motifs purement politiques. », nous répètent plusieurs Congolais. Fanatisme ou irresponsabilité, essayons dans la mesure du possible de nous responsabiliser et surtout de pouvoir peser nos mots avant de les sortir sur la place publique au risque d’entraîner toute une masse dans des hérésies difficiles à corriger dans l’avenir.

Pour comprendre l’histoire de Jean-Pierre Bemba dans le scénario des colonisateurs, il faudrait prendre le temps de lire son livre et de consulter l’historique des massacres au Congo et à Bangui. Si vous le faites avec plus de hauteur, de lucidité et un peu plus de jugeote, vous arriverez certainement à la conclusion que Bemba n’a pas été condamné pour des motifs purement politiques, mais que pour des motifs purement politiques il a été lâché par la mafia qui l’a porté et fait de lui ce qu’il est devenu; l’Igbe que les Congolais ont cru invincible et sauveur. La réalité est que Bemba comme chef de guerre a coordonné de Kisangani à Gbadolite des monstruosités innommables au Congo et à Bangui. Il dit lui-même : « Le droit de vie et de mort est la responsabilité la plus lourde qu’il m’ait jamais été confiée. » Qui lui a confié cette lourde responsabilité ? Seule avec sa conscience, il pourrait nous répondre. Mais allons-nous prétendre ne pas connaitre ses maîtres ?

Notre propos n’est pas de rejuger les crimes contre l’humanité et les crimes de guerres jugés par la CPI dont plusieurs qualifient déjà comme l’affaiblissement de la crédibilité de la justice internationale, de l’échec et mat pour la justice internationale, d’une décision historique qui affaiblit le message envoyé aux pires criminels de ce monde ou plus simplement de l’auto-sabordement de la Cour pénale internationale. Notre propos est de nous aider à voir plus clair dans cet imbroglio théâtral où nos vies sont misées sur la table du poker menteur.

D’où vient Jean-Pierre Bemba pour faire partie de la configuration politique actuelle et pour quel rôle ? Jean-Pierre Bemba a été embauché par Museveni, présenté à Kagame et envoyé en mission au Congo avec des Ougandais et des rwandais dans ses troupes pour déstabiliser Laurent Désiré Kabila qui a commencé à se désolidariser de ses parrains rwandais. Il écrit lui-même dans son livre.

« Quelques jours avant la prise de pouvoir par la coalition des forces de l’AFDL et du Rwanda, j’emprunte le chemin de l’exil. Douloureuse décision que celle de quitter mon pays, ma famille et mes amis. J’ai le sentiment que les Congolais ne peuvent rien attendre d’une pseudo-libération qui, en réalité, cache les appétits des puissances extérieures. Le passé de trafiquant du porte-parole de l’AFDL, Laurent Kabila, ne plaide pas en sa faveur.

Lors de mes multiples voyages d’affaires en Ouganda je me suis constitué un portefeuille de relations. Mes interlocuteurs, que je retrouve en 1998, se disent préoccupés par la tournure des évènements à Kinshasa. Ensemble nous nous convenons d’une rencontre avec le chef de l’État ougandais. À la faveur de cet entretien, le président Museveni me fait part de sa vision de l’Afrique, de la complémentarité des peuples et de la nécessité de promouvoir le développement économique de la région. « Vous les jeunes, qu’êtes-vous prêts à faire pour votre pays ? » me demande le président ougandais. Je lui confirme que je suis prêt à m’engager en faveur de mon pays.

Je me retrouve à nouveau à Kampala où je fais directement part de ma décision au président Museveni. Ce dernier en parle au vice-Président rwandais Paul Kagame et lui demande de me recevoir à Kigali. Le 12 septembre 1998, rendez-vous est pris avec le général major Kagame. De cet entretien, se dégagent la déception et l’amertume de l’homme fort du Rwanda à l’endroit de Laurent Kabila. Le soutien affiché du maquisard que l’Armée patriotique rwandaise a porté au pouvoir à Kinshasa, aux génocidaires et aux extrémistes hutus constitue aux yeux de Paul Kagame une trahison et un crime. Pour ma part, je lui exprime ma volonté de contribuer à la libération de mon pays. Je lui dresse ma vision de l’avenir du Congo. Au bout de deux heures de conversation, Paul Kagame me demande de franchir la frontière voisine en direction de Goma et de rejoindre le Rassemblement Congolais pour la Démocratie. En dépit de l’insistance de mon interlocuteur, je ne peux rejoindre mes frères du RCD. De retour à Kampala, je fais part au président Museveni de ma rencontre et lui demande de m’aider à créer une véritable force d’alternative au régime dictatorial de Kinshasa.

En octobre 1998, un premier bataillon se met en ordre de marche en direction de Buta. L’est du Congo ayant été libéré du joug kabiliste par les troupes rwandaises et ougandaises, une répartition des zones d’action entre les alliés de la coalition anti-Kabila se révèle indispensable. Le Rwanda et le RCD se cantonnent au secteur sud, tandis que l’Ouganda et le MLC se déploient dans l’ouest du Congo. »

Bemba serait-il un personnage naïf et confus ou essaierait-il d’embellir sa défense pour ne pas se faire passer comme un autre pion du Rwanda du même type que celui qu’il a décrit comme défavorisé par son passé de « trafiquant ». Le passé d’un homme d’affaires prospère et autoritaire dont la richesse ne provient illicitement que du pillage du Congo aurait-il plaidé en sa faveur ? Lorsque nous lisons et relisons cette partie du livre et des déclarations de Bemba, plusieurs confusions s’affichent sur l’écran et finissent par enlever tout doute et conduisent à la vérité que l’on ose pas dire: j’ai accepté l’inacceptable, ce depuis Kampala et Kigali. La vérité est connue de tous: Museveni a créé Kagame, Museveni est celui qui a recommandé Laurent Kabila, Museveni est encore celui qui a fabriqué Bemba pour le même plan qu’il n’ignore certainement pas. Il le dit clairement Museveni lui fit part de sa vision de l’Afrique. Qui ignore cette vision de Museveni ? Sa thèse d’université le confirme ! Museveni a la même vision que Hitler pour l’Afrique; l’empire Hima-Tutsi. Faudrait-il comprendre que cette parole de notre compatriote Patrick Mbeko s’appliquerait parfaitement sur Jean-Pierre Bemba; « Il peut arriver que les acteurs eux-mêmes ne comprennent pas nécessairement le sens profond de leur rôle dans le scénario. » C’est ici qu’il faudrait exercer une perspicacité à toute épreuve pour se rendre compte de la liquéfaction de notre classe politique.

L’INDÉPENDANCE OBTENUE PAR NOS PÈRES ET AÎNÉS N’A JAMAIS ÉTÉ UNE AFFAIRE BOUCLÉE ET CLOSE, ELLE DOIT ÊTRE PROTÉGÉE ET ACHEVÉE.

Souvenez-vous que nos aînés ont débuté un combat qu’ils ont cru terminé, mais que nous réalisons au fil du temps inachevé ! Pis, nous avons longtemps croisé nos bras croyant à l’illusion d’une indépendance et aux surenchères politiciennes de démocratie.

Avec l’entrée en scène de Bemba, ils ont réussi l’opération propagande internationale. Laurent Kabila pouvait désormais être abattu sans choquer l’opinion internationale. Les nègres s’entretuaient pour le pouvoir. Après l’assassinat de Laurent Kabila, Bemba a encore été utilisé comme le pion qui devrait flouer les Congolais et faire passer l’occupation de notre pays pour une démocratie. Il va jouer le rôle de challenger aux élections et légitimer l’imposture rwandais qui n’était pas qualifié juridiquement pour être candidat aux élections présidentielles au Congo. Bemba perdra les élections qu’il avait pourtant remportées avec le fameux message à la nation de s’inscrire désormais dans la démarche d’une opposition forte et républicaine. Le « j’ai accepté l’inacceptable » prendra tout sens, l’occupation du Congo devenait une democratie basée sur l’imposture, la fraude et la soumission. Kamitatu a rappelé récemment à toute la nation la vérité sur les accords des belligérants qui instituaient une nouvelle citoyenneté congolaise en conformité à l’Acte Général de la conférence de Berlin de 1885 en son article 5: « Toute Puissance qui exerce ou exercera des droits de souveraineté dans les territoires susvisés (Congo) ne pourra y concéder ni monopole ni privilège d’aucune espèce en matière commerciale. Les étrangers y jouiront indistinctement, pour la protection de leurs personnes et de leurs biens, l’acquisition et la transmission de leurs propriétés mobilières et immobilières et pour l’exercice des professions, du même traitement et des mêmes droits que les nationaux. »

Mais ce que plusieurs congolais ignorent et que Bemba ne savait peut-être pas, plusieurs de ses militaires étaient dans cette aventure pour réellement libérer le Congo du joug de l’occupation. C’est ainsi qu’après son fameux discours d’opposition forte et républicaine, le staff de commandement de son armée lui a clairement signifié qu’ils n’étaient pas venus à Kinshasa pour vivre sous occupation rwandaise et qu’ils étaient prêts à en découdre. Pris en étau entre le marteau et l’enclume, Bemba ne trouvera rien d’autre à faire que de passer à la télévision et de lancer un message qui semblait être de provocation, mais qui en réalité n’était qu’un cri de secours pour que ses maîtres le sortent de la trappe dans laquelle il s’était engouffré. Et il s’en est suivi que le 22 et le 23 mars 2007, l’armée de Bemba passait à l’action en surprenant complètement tout le monde et lui-même Bemba qui avait encore ses enfants à l’école. Il se réfugiera à l’ambassade de l’Afrique du Sud où sa famille et ses enfants récupérés à l’école le rejoindront. Comme l’exil permet de se remettre en cause et la fortune amassée le lui permettant, Bemba voulait réfléchir de lui-même oubliant qu’il n’était qu’un pion entre les mains de ses maîtres. Il nourrissait désormais d’autres ambitions ne sachant pas qu’il était surveillé jusque dans ses toilettes. La décision sera prise de l’écarter totalement et les crimes qu’il a commis à Bangui ont servi de le mettre au frais.

Mais que se passe-t-il aujourd’hui qu’il est acquitté ?

Il etait non seulement monitoré à la Haye, mais préparé pour ces jours qui sont devant nous. Malgré les va et vient des uns et des autres, la machine colonisatrice occidentale n’a pas rompu son pacte avec Kagamé, tout comme ils n’ont pas encore résilié le contrat avec le garçon des courses de Kagamé. Au Congo, deux plans sont en marche.

C’est premièrement et encore le plan Burundi. Les signes de la mise en place de ce plan « Burundi » sont déjà visibles. On brûle et on incendie tout ce qui est contre le énième mandat du pion rwandais à l’image des imbonerakure burundais. Le retour de Jean-Pierre Bemba sur la scène a un double but: diviser complètement le peuple congolais et la prétendue opposition, et donner du credit à cet énième mandat de l’imposteur « Joseph Kabila ». Tout est en train de se mettre en place pour que le Congo ait des élections comme celles qui ont pris place au Burundi avec un Nkurunziza hors mandat et illégitime de se présenter.

Comme en 2006, lorsque nous avions présenté à Bemba la grande tricherie des listes des électeurs, il ne s’est pas retenu, il a avancé aux élections comme un âne, il va cette fois-ci encore comme Mandela à sa sortie de prison appeler les Congolais au vote. Et un pays politiquement divisé permettra à la communauté internationale de fermer ses yeux sur la candidature du pion rwandais pour des raisons de stabilité sécuritaire. Ne dit-on pas que la politique est dynamique ou mieux une série des coups fumants. Et le peuple congolais qui a déjà avalé la pilule des élections dans un état de non-droit et d’occupation n’y verra que du feu, car possédés par les démons de divisions tribales et politiques.

Ce qui attriste dans ce combat que nous menons et qui est devenu comme une épine à notre pied est la montée de cette classe politique des colonisés déterminés à nous reconduire sous le joug de leurs maîtres. « Tu feras toutes les bassesses pour monter au sommet de la hiérarchie. − (…) Ah! mon pauvre ami, tu es en bonne voie pour arriver le plus vite possible à la liquéfaction. » Renard.

Mais quel type de compétences et de consciences avons-nous pour sortir notre pays de cette trappe ? Si nous n’avons que le type «copier-coller» et «colonisé à la recherche du colonisateur», il est sûr et certain que nous allons demeurer très longtemps à la merci de tous les prédateurs et hommes sans foi ni loi de ce monde.

Il faut nécessairement un nouveau type d’homme pour libérer totalement le Congo de cette méchante humiliation.

A propos Graphèle Paluku-Atoka Uwekomu

développement personnel, communautaire, national, planétaire
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