Le racisme est complexe…

Le racisme est complexe.  La livraison suivante le montre.  Nous n’en avons pas la même définition ni le même vécu.  Dans  ces conditions, que pourrions-nous faire ?

Certains aspects du racisme sont une question de goût ou de culture.  D’autres en revanche sont analysables, discutables, utilement, avec bénéfice.  De l’analyse de et de la discussion de ces aspects, peut se dégager en effet un éclairage, une édition de notre être, de notre âme. La livraison suivante nous permet de discuter de quelques points, progressivement.

Envoyé par :
Huruma K. Nashimbi
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Jill Scott

« Quand je vois un couple mixte, j’ai un pincement au cœur ».

Interrogée l’année dernière par le magazine Essence, Jill Scott s’est exprimée au sujet des couples mixtes, livrant à cœur ouvert ce qu’elle ressent :

 » Vous savez le moment où vous réalisez que ce frère noir, beau et accompli, est avec une femme blanche ? appelons ça le choc ! Mon nouvel ami est beau, afro-américain, intelligent et en bonne santé. C’est un athlète, il aime sa mère, et est heureux en mariage avec une femme blanche.

J’avoue que quand j’ai vu son alliance, j’ai secrètement espéré. Mais quelque chose en moi savait qu’il n’était pas marié à une sista. Même si je le pressentais, quand mon ami m’a dit qu’il était marié à une caucasienne, j’ai eu comme un pincement au cœur.

Je n’ai pas compris pourquoi au début. Mon visage disait je suis contente pour toi, mais quelque chose en moi n’allait pas : étais-je jalouse ? Est-ce que son couple a en quelque sorte fait baisser l’estime que j’avais de lui ? La réponse n’est pas simple.

Les gens diront sûrement que mon ‘pincement au cœur’ est dû à du racisme, mais pas du tout. J’ai grandi dans un foyer de Témoins de Jehovah. On m’a appris que chaque homme doit être jugé selon ses bonnes actions et non selon sa couleur de peau, et je tiens à ces valeurs que m’a inculqué ma grand-mère.

Les africains du monde entier sont connus pour être ouverts et accueillants. On partage notre culture, parfois même à notre propre désavantage, mais nous aimons l’amour.

Mon point est que pour beaucoup de femmes de couleur, ce ‘pincement au cœur’ est dû à l’histoire des africains en Amérique. Quand notre peuple est tombé en esclavage, l’Amérique a mis sa femme blanche sur un piédestal.

Elle était gâtée, vénérée et angélique alors que la femme noire esclave était surmenée, battue, violée et traitée comme du bétail. Elle n’était rien et l’homme noir non plus. Quand l’esclavage a été aboli et que les mouvements pour les droits civiques ont eu lieu, la femme banche était sur les covers de tous les magazines.

Elle était le bijou radieux dans tous les films, la gloire de toutes les pubs et émissions tv. Elle était sans équivoque le standard de beauté dans ce pays, inaccessible pour toutes les femmes des autres origines. Nous les sistas étions vues comme moches, avec nos cheveux crépus, uniquement bonnes pour les travaux manuels et les enfants illégitimes, tandis que nos hommes étaient vus comme fauchés, des animaux assoiffés de sexe avec un pois chiche à la place du cerveau.

A l’époque, si un homme noir posait ne fusse que les yeux sur une femme blanche, il était lynché, battu, mis en prison et même tué.

Au milieu de tout ça, les femmes noires et les hommes noirs ont souffert ensemble, ont pleuré ensemble, étaient affamés ensemble, sont même morts sur les bords des routes du Sud ensemble. Ces vérités dures sont ce que nous ressentons quand nous voyons un frère avec une femme blanche.

On se sent trahi. Alors que nous nous battons pour élever nos garçons et nos filles, la plupart d’entre nous le faisons seules, sans pères, avec des moyens financiers limitées. C’est frustrant et ça fait mal.

Nous comprenons toute à fait que les gens de toutes races peuvent s’aimer, le monde offre un nombre incalculable d’options. Mais à l’intérieur, il y a une blessure, peut importe le pansement, elle ne cessera pas. Ces propos peuvent peut être choquer certains, ce n’était pas mon but. Je ne fais que partager ce que je ressens  »

« Quand je vois un couple mixte, j’ai un pincement au cœur »

De fait, au regard de tous les problèmes accumulés au fil des âges, les races humaines se méfient les unes des autres.  Des efforts réels, politiques, humanistes, religieux, monothéistes surtout, sont déployés chez tous les peuples pour l’unité des humains.  Tous les hommes ne se reconnaissent spontanément  égaux les uns des autres.  Tous ne voient pas on plus ou ne reconnaissent pas non plus être différents.  Comment le savons-nous ?

Le sacrifice des enfants aux dieux ne s’arrête pas tout seul : partout.  L’esclavage n’a été interdit que par une décision politique et ne finit pas malgré tout cela, sous tous les cieux.  La colonisation non plus, ne finit pas

Quand je voyais un couple mixte – au sens de noir-blanc ou même de deux cultures différentes, au début, dans ma naïveté et mon ignorance, j’étais plutôt épris d’admiration pour lui.  Aux membres de ce couple, que je considérais avoir pu transcender leur différence pour se décider de vivre ensemble, je vouais un certain respect, une certaine admiration. Quoique…

Ayant grandi dans une mixture de culture, j’ai appris, dès ma tendre enfance, à gérer trois cultures très différentes : l’américanité, l’alurité et la nandité.  Ma famille fortement chrétienne évangélique m’a formatté.  L’enseignement catholique que j’ai suivi du primaire jusqu’à l’université, explique le reste de ma seconde nature et donc forcément de ma connaissance, de mon vécu, de mon attitude vis-à-vis de la mixité dans le mariage.

Ce a quoi je crois

Dans notre compréhension des attitudes de nos semblables, nous oublions souvent une réalité fondamentale : les gens agissent plus en fonction de ce qu’ils croient que le monde est qu’en fonction de la réalité elle-même.

Ainsi, demander au fils d’un raciste de devenir spontanément humaniste relève du rêve dans la plus part de cas.  Le passage du racisme à l’humanisme requiert une éducation : l’enseignement, la religion, d’éducation civique, une expérience personnelle dans la vie de tous les jours, etc.  Illustrons cela par quelques exemples.

Quand j’ai décidé, en 1983, d’épouser une alur comme moi, il a fallu que je m’explique en parole et en acte sur les raison de mon choix pour que je déprogramme ma jeune fiancée, encore emprisonnée dans son racisme alur caractéristique.

En 1990, il nous a fallu, moi, mon promoteur de thèse, deux mois de travail patient et citoyen, pour que mes étudiants de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), découvrent et acceptent, d’avoir pour assistant noir, pour les uns, un assistant formé à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), pour d’autres, plus exigeant, respectivement, que les assistants blancs ou les assistants formés à l’ULB même.  Les quatre de ma présence dans cette le service furent un succès de ce point de vue.

(À suivre)

A propos Graphèle Paluku-Atoka Uwekomu

développement personnel, communautaire, national, planétaire
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